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Le ciel est gris lorsque j'arrive à Montréal. Il est à
peine 6 heures du matin. Il a plu toute la nuit. La chaussée est
encore humide et les affiches du festival " juste pour rire " semblent
être en décalage avec cette arrivée. Mais comme toujours,
j'évite de me fier à ma première impression. Après
un petit café, j'appelle Christophe qui n'est autre que mon cousin.
Il vit à Montréal depuis maintenant plus de trois ans et
travaille comme chercheur dans un laboratoire d'ultrason à l'école
polytechnique. Tout un monde... Ce qui le plaît le plus au Québec,
c'est sans aucun doute la pêche. Il est un vrai passionné.
Et les nombreux lacs et rivières du Québec lui rendent ce
vaste territoire tel un paradis. C'est en compagnie de Nathalie, sa "
blonde " (expression typiquement québécoise pour " copine
") qu'il vient me chercher pour un petit déjeuner très copieux.
Dès le premier matin, je goûte au fameux sirop d'érable
sur les pan cakes. Délicieux ! |
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le stade olympique. | |||||||||
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la devise du Québec se trouve sur toutes les plaques d'immatriculation. | |||||||||
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Christophe. | |||||||||
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Dimanche 23 juillet 2000. |
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le lac en face du chalet. | |||||||||
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un bain de soleil devant le chalet.e perspective. | |||||||||
| Lundi 24 juillet 2000. Je pars tout seul faire une première visite de Montréal. Je voulais aussi découvrir ces galeries souterraines immenses. Construites spécialement pour contrer la rigueur de l'hiver, c'est véritablement une ville sous terre avec ses rues, ses commerces... Vous pouvez marcher pendant des heures sans jamais mettre le nez dehors ! Même si c'est très bien fait, je me demande dans quelle mesure il est supportable de vivre enfermer si longtemps. |
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a Basilique Notre Dame et son retable en bois sculpté, peint et doré. | |||||||||
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l'hôtel de ville de Montréal. | |||||||||
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une rue de Montréal, non loin du Yec'h Mad, un bar breton sur le boulevard Maisoneuve. | |||||||||
| Mardi 25 juillet 2000. Deuxième visite de Montréal et en particulier le vieux Montréal. Sur un des quais, il a été aménagé un centre multimédia (Isci) avec un Imax, un cinéma en immersion et des expositions interactives. Très ludique, le centre peut intéresser un public de tout niveau et de tout âge. Ma passion pour ce genre de choses me fait oublier l'heure et je reste jusque tard dans la soirée à essayer tous les ateliers. |
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sur les quais de l'Isci. | |||||||||
| Mercredi 26 juillet 2000. Je pars ce matin avec Christophe jusque son labo à l'Ecole Polytechnique, sur les hauteurs de Montréal, non loin du Mont Royal. Le temps est assez dégagé et je peux apercevoir à l'horizon les Laurentides. L'école est assez calme car nous sommes en période de vacances et les étudiants ne sont pas encore rentrés. Je profite de sa connection internet à son labo pour consulter mes emails et répondre à mon courrier en retard. Dans l'après-midi, je pars flâner à nouveau dans les rues de Montréal. Je croise un moment un gang anti-graffiti. Ils sont là pour supprimer les tags sur les murs et en même temps, ils essaient de sensibiliser la population contre les graffitis sauvages qui dénaturent la ville. |
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brigade anti-graffiti. | |||||||||
| Jeudi 27 juillet 2000. C'est aujourd'hui que je rencontre Blandine, une de mes fans car elle m'a suivi pendant tout mon périple autour du monde et elle m'envoyait régulièrement des emails. Cette jeune dame de 75 ans est originaire de Primelin, dans le Cap Sizun non loin de chez moi. Cela fait maintenant 50 ans qu'elle vit au Québec. Bretonnante d'origine, elle a préparé pour moi un écriteau sur sa porte : " Degemer mat e ma zi ". Elle habite dans l'ancien village olympique de Montréal, sur l'avenue de Sherbrooke. Du toit de son immeuble, elle domine toute la ville. Elle a eu cinq filles et est déjà grand-mère de nombreux petits enfants. Un peu à la demande de ses enfants, elle a commencé à écrire son autobiographie, en parlant surtout de ses années de jeunesse où elle explique qu'elle trayait les vaches à la main, comment elle amidonnait les coiffes de sa mère, qu'elle partait à l'école en sabots de bois... Depuis quelques années, elle s'est connectée sur Internet. Elle connaît à présent la plupart des sites internet bretons. Elle déplore d'ailleurs à ce sujet les quelques internautes qui inondent les forums de messages totalement dépassés. Après la visite du complexe du village olympique, Blandine m'invite à prendre le café chez elle. Elle n'a jamais oublié sa Bretagne et voudrait bien y revenir. Mais aujourd'hui ses enfants et ses petits-enfants vivent au Québec. Il lui est donc impossible de quitter Montréal. Cependant, elle me fait remarquer que grâce au progrès des télécommunications, le téléphone et aujourd'hui l'internet, la distance Bretagne-Québec a considérablement diminué. |
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Blandine sur son balcon. | |||||||||
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l'un des deux blocs du village olympique. | |||||||||
| Vendredi 28 juillet 2000. Les Francofolies de Montréal ont commencé et je profite pour descendre la rue animée de Ste Catherine jusqu'au site des concerts. Malgré un temps assez capricieux, la foule n'hésite pas à sortir entre chaque averse pour aller écouter un groupe. Dans l'après-midi, je fais la connaissance d'un Haïtien, au Québec depuis 25 ans et aujourd'hui vivant dans la rue. Musicien, il me donne sa version moins édulcorée de Montréal. Il trouve les gens sans compassion pour les sans abris et rêve de la France et de Paris où il pense trouver les Français plus compatissants envers sa situation. Triste vie faite d'espoirs... |
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sur la rue Ste Catherine. | |||||||||
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début de concert aux Francofolies. | |||||||||
| Samedi 29 juillet 2000. Je quitte Montréal ce matin pour Québec où après deux heures et demie de bue, je retrouve Yves, un Breton vivant au Canada depuis de nombreuses années. Il fait une thèse en ce moment en ethnomusicologie. Il joue également du violon dans un groupe et fait de nombreuses sessions au pub St Patrick. Son appartement est un véritable musée breton avec de nombreuses affiches d'annonces de festoù-noz et une discothèque plus qu'impressionnante. Dans le début de l'après-midi, nous descendons dans le vieux Québec qui est en pleine effervescence car c'est ce week-end le départ de la transat Québec - St Malo. Yves m'apprend d'ailleurs que pour cette occasion, le bagad et le cercle de St Malo sont présents pour l'animation. Avant de descendre sur le port, nous faisons une première petite visite du vieux Québec. C'est tout simplement splendide. Les nombreuses maisons en pierre donnent un cachet que je n'avais plus vu depuis très longtemps et me font penser à l'Europe et tout particulièrement à la région de St Malo. Les nombreux touristes Américains ne se trompent et viennent en très grand nombre visiter cette magnifique petite ville. Un petit bout d'Europe en Amérique du Nord. Plus tard dans l'après-midi, nous descendons sur le port et je retrouve en effet le bagad de St Malo. Je suis tout ému de retrouver tous ces musiciens après de si longs mois. La surprise est réciproque, certains mettant même un certain temps avant de réaliser que c'est bien moi. Je partage le reste de la journée entre Yves et le bagad, finissant tous ensemble au pub St Patrick pour une session bien animée Dimanche 30 juillet 2000. Avec quelques copains du bagad, je trouve une place de choix sur les quais de Québec pour le départ de la transat. Les monocoques se lancent en premier suivis rapidement par les multicoques. Le vent est bien soutenu et donne une belle allure à ces voiliers qui quittent Québec en passant devant le majestueux quatre mats chilien Esméralda. Je laisse mes amis du bagad pour leur dernière après-midi d'animation et je monte dans la ville en me laissant aller dans les charmantes rues piétonnes. Malgré un nombre élevé de touristes, il reste très agréable de se promener dans Québec. Je vais jusqu'au pied de l'impressionnant château Frontenac puis je redescends en choisissant un peu au hasard mon trajet. Les nombreux musiciens jouent à chaque coin d'ombre pour essayer de gagner un peu d'argent et contribuent à égayer ce dimanche ensoleillé. En soirée, je retrouve une dernière fois toute l'équipe du bagad de St Malo qui me donne un avant-goût du festival de Lorient où je serai la semaine prochaine. |
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le château de Frontenac. | |||||||||
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ruelles de Québec. | |||||||||
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de nombreux touristes. | |||||||||
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le stand de St Malo sur les quais. | |||||||||
| Lundi 31 juillet 2000. De retour sur Montréal, je suis invité par l'Union des Bretons du Canada à une soirée. Ils ont fait les choses en grand : petits fours et cocktail ! Après avoir annoncé mon passage dans leur journal " An Amzer ", c'est une vingtaine de personnes qui sont rassemblées autour de moi et les questions fusent dans tous les sens sur mon tour du monde. J'essaie de répondre à chacun d'eux avant de leur offrir un petit concert de cornemuse. André, le président, m'explique toutes les difficultés pour animer une telle association avec des moyens assez faibles. Malgré tout, ils essaient de perpétuer la fête de la St Yves tous les ans et ils avaient invité l'an dernier le cercle de Plougastel Daoulas. |
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André, le président de l'Union des Bretons. | |||||||||
| Mardi 1er août 2000. Blandine m'a à nouveau invité pour rencontrer sa famille quasiment au grand complet et elle a réservé une salle au rez-de-chaussée du village olympique. Ses filles ont été élevées en français et elles parlent avec un accent québécois assez prononcé. Malgré cela, il leur reste quelques bribes de breton et se rappellent de quelques gwerzioù que leur chantait Blandine lorsqu'elles étaient petites. Yannick, l'aîné de ses petits-enfants demande souvent aussi à sa grand-mère de lui parler en breton et de lui raconter comment était son pays. Ce n'est pas un hasard s'il porte aujourd'hui un T-shirt avec écrit " Breizh ". Et pourtant, lorsqu'il était plus petit, il disait toujours à sa grand-mère que ses vieilles histoires sur la Bretagne ne l'intéressaient pas ! Tout cela n'est pas du hasard. Grandir sans racine est une chose sans doute bien trop difficile. Mercredi 2 août 2000. J'accompagne une nouvelle fois Christophe à l'Ecole Polytechnique pour la matinée. Dans l'après-midi, je pars visiter le musée d'Art Contemporain dans le centre de Montréal. J'ai retenu une superbe rétrospective de l'artiste québécoise Marcelle Ferron. Non seulement son ¦uvre est magnifique mais son engagement pour la vie sociale et la thérapie par l'art force le respect pour ce petit bout de femme pleine d'énergie. En fin d'après-midi, je me rends non loin de là à la salle Gésu où Yann Fanch kemener se produit ce soir avec le chanteur québécois Michel Faubert. Je les retrouve en pleine répétition. C'est avec un plaisir immense que j'écoute quelques belles gwerzioù à la veille de mon retour en Bretagne. |
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au musée d'Art Contemporain. | |||||||||
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les nombreuses églises au pied des buildings de Montréal. | |||||||||
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Michel Faubert et Yann Fanch Kemener. | |||||||||
| Jeudi 3 août 2000. J'ai la matinée pour faire une dernière fois mon sac. Je l'ai fait et refait des centaines de fois depuis le début de ce Tro ar Bed et il ne me faut en général pas plus de 10 minutes pour le boucler. Mais aujourd'hui, je n'y arrive pas. Cela fait maintenant deux heures que j'essaie de le fermer. Cela me rappelle la veille de mon départ où j'avais presque passé une nuit blanche à le regarder. Mais Nathalie est venue me chercher et il faut me résoudre à fermer ce sac. Nous avons un peu de temps avant de rejoindre l'aéroport de Mirabel et nous profitons pour déjeuner ensemble et visiter les environs de St Sauveur, avec de superbes propriétés donnant sur les lacs, à seulement quelques kilomètres de Montréal. Enfin, au milieu de l'après-midi, elle me dépose à l'aéroport. L'enregistrement se fait tout de suite et commence alors l'interminable attente. Avec un peu de retard, l'avion décolle peu avant 19 heures. En nous dirigeant vers l'est, nous laissons rapidement le soleil se coucher derrière nous et il nous offre alors un magnifique bouquet de lumières qui se reflètent sur les nombreux lacs du Québec. Vendredi 4 août 2000. Il m'est impossible de m'endormir. Je continue donc a regarder par le hublot. La route que nous empruntons se situe très au nord et toute la nuit une aurore boréale me tient compagnie. Au petit matin, le soleil fait son apparition à nouveau. Il lui a fallu seulement quelques heures pour faire le tour de la terre alors que moi je l'ai fait en neuf mois. Et comme pour fêter nos retrouvailles, il m'envois ses rayons les plus chaleureux. Après avoir percé l'épaisse couche de nuages, l'avion atterrit peu après à Roissy. Le temps de récupérer mes bagages et je retrouve ce bon vieux RER. Au changement de métro, je demande un renseignement a un agent de la Ratp. A mon accent, elle devine tout de suite que je suis Breton et elle commence à s'apitoyer sur son sort malheureux de sa vie parisienne. Tout est gris ici et elle regrette sa Bretagne... Je suis enfin dans le train et je quitte Paris en direction de Kemper. Dépassé Rennes, je commence enfin à retrouver les paysages familiers. Le train circule de plus en plus lentement au fur et à mesure que je m'approche de Kemper. Mais cela ne me gêne pas car du coup, j'ai plus le temps d'apprécier ce retour et de commencer à faire pour la première fois une rétrospective de ce Tro ar Bed. 16h40, le train entre en gare de Kemper. Comme je m'y attendais, je retrouve sur les quais toute ma famille et mes amis. Cela faisait bien longtemps que je ne les avais pas vus et il est difficile de contenir ses larmes. J'essaie de réaliser que je viens de finir ce Tro ar Bed, que je viens de traverser près d'une trentaine de pays et que j'ai fait la rencontre de dizaines et de dizaines de Bretons et de toute sorte de peuples ! Mais pour l'instant il est bien trop difficile pour cela. A la sortie de la gare, une surprise m'attend. Bien qu'ils soient à la veille du concours de Lorient, une vingtaine de sonneurs de Beuzeg, Moulin Vert, Kemper, Ergué se sont mobilisés pour jouer en mon honneur. Marplij ! La soirée se poursuit au Ceili Pub pour prendre un verre tous ensemble. Je suis sur un nuage. Je n'ai pas encore atterrit. Il faudra sans doute quelques jours, voir plus. |
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Hugo, mon filleul. Pour l'instant, il associe son parrain à des cartes postales et à un avion ! | |||||||||
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l'accueil surprise à la gare de Kemper. | |||||||||