Les
mots étaient pesés et les phrases fortes sous les ors républicains
de la préfecture de Région où une centaine de représentants des
services de l’Etat, d’élus et de militants culturels bretons ont
assisté à la signature par Jack Lang et Andrew Lincoln d’un accord,
jugé « historique » par les deux parties, sur le passage
des écoles Diwan sous statut public.
24
ans après l’ouverture de la première école où le breton est à la
fois langue enseignée, langue d’enseignement et langue de vie scolaire,
c’est une étape importante pour Diwan qui confie la gestion de ses
classes à l’Education nationale en essayant de ne pas y perdre son
âme...
Les
propos du ministre de l’Education nationale devraient a priori effacer
toute ambiguïté car, saluant d’entrée « la détermination et
la pugnacité » de ceux qui ont maintenu vivante la langue bretonne,
M. Lang s’est félicité d’accueillir dans l’Education nationale
une nouvelle offre d’apprentissage des langues. Il a également rappelé
que la reconnaissance de l’enseignement bilingue par immersion s’inscrit
dans une politique déterminée de promotion « des langues de
France », un terme qu’il préfère à celui un peu dévalorisant
de « langues régionales ».
A Jack
Lang qui notait que « la marche a été longue », Andrew
Lincoln a répondu que cette façon d’accéder au statut public « respecte
à la fois les traditions de la maison d’accueil et le parcours du
voyageur ». Se plaçant dans la filiation des pionniers du « breton
à l’école », dont les instituteurs laïques Yann Sohier et Armand
Kéravel, le président de Diwan a remercié tous ceux qui avaient
à un moment ou à un autre aidé Diwan à survivre, du légendaire « Un
franc pour Diwan » au soutien des élus du « lobby breton ».
Tous
deux ont souligné les richesses de la diversité culturelle. Rappelant
que « la langue française reste l’épine dorsale de notre système
d’enseignement », Jack Lang a dénoncé les « polémiques
absurdes où on joue à se faire peur » tandis que Andrew Lincoln
lançait un message « ferme mais fraternel » aux « Républicains
qui ont peur » assurant que l’accueil de Diwan dans l’enseignement
public « contribue au renouveau de la laïcité ».
Les
dispositions de l’accord vont suivre désormais le cours de la procédure
réglementaire. Les collectivités concernées (Région, conseils généraux,
communes) vont être priées de délibérer par les préfets des quatre
départements bretons (cinq avec la Loire-Atlantique) sur la prise
en charge des nouveaux établissements publics, les « skolioù
publik Diwan ». La création de postes publics d’enseignants
sera inscrite dès la loi de finances 2002, avec éventuellement un
reliquat en 2003, mais il est exclu « de laisser une école
dans la nature ».
La
convention additionnelle Etat-Région devrait faciliter financièrement
l’intégration. « Tout est prévu pour que ce que nous décidons
aujourd’hui devienne réalité dès la rentrée prochaine », a
assuré Jack Lang.
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Reste
maintenant à chacun (administration, enseignants, parents
d’élèves) à prendre de nouveaux repères. Ce ne sera pas toujours
facile, mais quelques années de vie commune dans « l’antichambre
de la loi Debré » devraient faciliter les choses...
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