Max Jacob, la mémoire de Quimper (1) :
"Gentil Quimper, le nid de mon enfance"

Max Jacob est né à Quimper le 12 juillet 1976. Il y passera les 17 premières années de sa vie, fasciné par cette "cité magique". Aujourd'hui, celui dont la vie s'est achevée le 5 mars 1944 au camps de Drancy se retrouve célébré aux quatre coins de la ville. Max Jacob, du haut de ses "gros marronniers qui escortent la rivière", ne se lasse pas de contempler "la verdoyante montagne d'en face". An Tour Tan vous propose donc à partir de cette semaine une série d'articles consacrés au poète quimpérois.

L'intégration de la famille Jacob à Quimper ne sera jamais totale. Celle-ci était globalement respectée, mais fut à plusieurs reprises confrontée à des manifestations antisémites. Cependant, les Jacob jouissaient dans l'ensemble d'une bonne réputation. La mère et la grand-mère de Max étaient très appréciées et même considérées comme des figures emblématiques de Quimper.

Les parents de Max Jacob étaient au début du siècle des commerçants renommés de Quimper. Le père s'occupait de deux boutiques : un magasin de vêtements tous faits, au 8 de la rue du Parc, et un atelier de confection, "Au bon marché". Ce métier de tailleur, tradition familiale, lui venait de son arrière grand-père. Selon Max Jacob, c'est lui qui aurait eu l'idée de broder des insignes bretons sur les costumes civils. La mère, quant à elle, tenait une boutique d'antiquités sur les quais de l'Odet.

Les premières années de Max Jacob au lycée de garçons "La Tour d'Auvergne" s'avèreront assez difficiles. Les lycéens l'appelaient "le juif", le maltraitaient, et refusaient de jouer avec lui. Max vécut dès lors une intense vie intérieure, d'où son repli dans la littérature et la peinture. En 1893, il recevra le huitième accessit au Concours général de philosophie, avant de s'inscrire en 1895 à l'école coloniale, à Paris.

Véritablement amoureux de Quimper, la ville natale restera présente dans toute son œuvre : "Quimper est une des villes les plus sympathiques de l'univers, à cause de son inaltérable amour de l'Idéal, du Beau, de Dieu, sous l'extérieur le plus simple". Max Jacob évoquera souvent les nombreuses passerelles qui enjambent l'Odet et le Stéir, ainsi que les marronniers, "verdures opulentes". Quant au Mont Frugy, faisant face à la maison parentale, son flanc était sans cesse offert à la contemplation et à l'inspiration du poète.

Alors que Max Jacob était critiqué à son époque par un certain nombre de Quimpérois, la ville lui rend aujourd'hui tous les hommages et cultive sa mémoire. A commencer par la plaque commémorative, réalisée par Jean Cocteau et située rue Saint-François, qui rappelle l'endroit où est né Max Jacob. Le pont et la passerelle Max Jacob célèbrent quant à eux l'amour du poète pour l'Odet. Sur l'un des piliers de la passerelle figure un portrait de Max Jacob d'après Modigliani, qui apparaît et disparaît au fil des marées.

Ce n'est pas tout. Dans le collège qui porte son nom, des élèves ont choisi d'honorer le poète en concevant un vitrail à son effigie, sous la direction du maître verrier Charles Robert. Enfin, le théâtre faisant face à la rivière a été baptisé en 1998 Théâtre Max Jacob.

Lors de la célébration du cinquantième anniversaire de sa mort, une importante exposition avait été organisée au Musée des Beaux-Arts de Quimper, du 22 juin au 4 septembre 1994. Celle-ci, au travers de 75 peintures, dessins, gouaches et sculptures de Picasso, 75 gouaches et dessins de Max Jacob, ainsi que 200 documents (éditions originales, manuscrits, lettres, photographies…), aura permis d'évoquer les éléments marquants ayant jalonné l'amitié de Max Jacob et Picasso.

A l'aube du 21è siècle, plus qu'un père pour la ville, Max Jacob restera dans les mémoires comme un fils de Quimper.

Nicolas Gonidec