A
peine la ligne franchie, le "Professeur" a fait monter à bord sa
femme et ses trois enfants. Tous ont contemplé le feu d'artifice
tiré en son honneur par son sponsor, à qui le skipper a rendu hommage
en arrêtant son bateau devant les locaux de PRB, où les employés
de la société étaient réunis pour lui chanter une chanson spécialement
composée pour cet événement. "Mich'Desj'" a repris ensuite sa route
vers le ponton d'accueil où une foule immense l'attendait.
C'est
un accueil exceptionnel que les Sablais ont offert à Michel Desjoyeaux
depuis la ligne d'arrivée jusqu'au ponton d'accueil. Plus de 200 000
spectateurs ont en effet bravé le crachin et le brouillard, qui
se sont abattus toute la journée sur les Sables d'Olonne, pour venir
se positionner tout le long de la jetée de Port Olonna, afin de
voir passer le vainqueur du Vendée Globe et de lui rendre hommage.
Et le spectacle valait l'attente. PRB s'est laissé glisser au milieu
du chenal, entouré d'une multitude de petites embarcations, dans
une nuit orangée par la lumière des énormes projecteurs disposés
tout au long du parcours.
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même le ciel a fait un geste puisque la pluie et le brouillard
se sont levés une heure à peine avant l'arrivée du vainqueur.
Après quelques 93 jours de mer, le skipper de PRB est apparu
en pleine forme, souriant malgré une difficile journée à lutter
contre le vent et à trouver la ligne d'arrivée.
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Ses
enfants montés à bord, Michel Desjoyeaux s'est montré ému, déclarant :
"C'est du délire tous ces gens sur les jetées, il n'y a que dans
notre sport que l'on voit ça. Le Vendée c'est tous les quatre ans,
comme les jeux olympiques, mais dans le Vendée il n'y a qu'un seul
vainqueur. Ca explique peut-être cette foule".
Michel
Desjoyeaux est ensuite allé se reposer en compagnie de sa
famille, alors que sous ses fenêtres, la foule du podium entonnait :
"Tiens bon la barre et tiens bon le vent, Desjoyeaux". Cette victoire
est une consécration pour ce Finistérien, grand spécialiste de la
course en solitaire, qui a honoré son surnom de "Professeur" en
remportant de main de maître la plus difficile des compétitions
nautiques.
Pour
sa première circumnavigation en solitaire sur un 60 pieds Open,
"Mich'Desj'" s'est offert en prime le record de l'épreuve, en regagnant
Port Olonna après 93 jours, 3 heures, 57 minutes et 32 secondes,
améliorant ainsi de plus de 10 jours le record établi par Christophe
Auguin, lors de la précédente édition.
Né
le 16 juillet 1965 près de Concarneau, Michel Desjoyeaux découvre
la voile au contact de son père, fondateur de la célèbre école de
voile des Glénans et responsable d'un chantier d'entretien et d'hivernage
de bateaux de plaisance. Un environnement propice à dévoiler, chez
le cadet d'une famille de sept enfants, un talent inné pour le bricolage
et les innovations techniques. Tirant ses premiers bords "sur tout
ce qui passe", Desjoyeaux décide très tôt de devenir coureur professionnel.
Embarqué à 18 ans sur le Pen-Duick VI d'Erick Tabarly pour
suivre la Solitaire du Figaro, il séduit le Maître par son sens
de la débrouille et un potentiel de travail hors norme.
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La
récompense sera une place d'équipier sur Côte d'Or dans la
Whitbread. Après avoir disputé le Tour de l'Europe avec Philippe
Jeantot, il retrouve son ami d'enfance Jean Le Cam, avec qui
il a intégré le centre d'entraînement de Port-La-Forêt, et
remporte avec lui la Twostar.
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Les
années 90 sont partagées entre le circuit Figaro, dont il remporte
deux fois l'épreuve majeure, La Solitaire du Figaro, en 92 et 98,
et un rôle d'équipier de luxe sur plusieurs multicoques, dont notamment
Banque Populaire, Groupama et Brocéliande.
Il
trouve cependant encore le temps de disputer une deuxième fois,
en 93, la Whitbread sur le Maxi La Poste, où il occupe les rôles
de chef de quart et de responsable technique, avant de devenir ensuite
le pilote d'essai privilégié de l'Hydroptère. Technicien hors pair
et inventeur de génie - il est à l'origine des quilles
pendulaires - Michel Desjoyeaux a peaufiné sa préparation pour
le Vendée Globe, truffant son PRB de multiples améliorations, à
l'image de sa cellule de vie montée sur cardan pour atténuer les
effets de la gîte.
Avec
cette victoire dans le Vendée Globe, cet habitant tranquille de
La Forêt-Fouesnant, père de trois enfants, fait une entrée méritée
au Panthéon de la course au large. Une belle reconnaissance pour
celui que les autres marins décrivent comme celui dont le seul défaut
est de n'avoir que des qualités, outre bien sûr sa discrétion naturelle.