Passage au XXIe siècle. Quimper en 1900 :
Les changements climatiques ne datent pas d'hier

"Espérons que ce siècle qui commence, au lieu de nous mêler à des bouleversements et des catastrophes terribles, saura ramener dans les esprits le calme, le sens du devoir aussi bien que celui du droit, et la clairvoyance."

C'est ainsi que l'on imaginait le jeune vingtième siècle, il y a tout juste 100 ans, dans le journal "Le Finistère", seule publication locale de l'époque référencée aux Archives départementales de Quimper. L'Histoire, malheureusement, n'aura pas été dans ce sens. A peine 14 ans après ces belles paroles, éclatait la Grande Guerre, qui devait laisser sur son passage 21 millions de morts. Et malgré les 50 ou 60 millions de victimes de la seconde guerre mondiale, le monde n'en finit pas de se battre. Pendant que sur la place Rouge à Moscou, le peuple russe fêtait le passage à l'an 2000, symbole de progrès, d'autres Tchétchènes se terraient dans leurs caves, pétrifiés. A croire que c'est dans la nature de l'homme que de s'entre-tuer.

Mais en ce début d'année 1900, les bretons étaient préoccupés par un autre fléau : la tempête. Alors que Quimper avait déjà revêtu son manteau blanc dès la mi-décembre, des vents soufflant avec une "violence extraordinaire" se sont abattus sur tout le littoral nord Atlantique dans les derniers jours de 1899, vraisemblablement entre le 26 et le 30. Les dommages furent considérables : 180 filets de pêcheurs détruits, plusieurs navires brisés sur les rochers à Lesconil, un vapeur englouti par les flots, un autre échoué à Concarneau… Quant à la pyramide de la "Basse-Rouge", au sud-ouest de l'île aux Moutons, elle avait complètement disparu.

A l'époque, les informations n'étaient pas connues au jour le jour. Ainsi, les nouvelles de Normandie et du nord de la France ne seront publiées à Quimper que le 6 janvier 1900. Là encore, dégâts hors du commun : à Gravelines neuf bateaux de pêche jetés à la côte, ports de Calaix et de Boulogne inabordables, nombreux bâtiments coulés au Havre…

Les pertes humaines auront été considérables : 80 victimes à Douvres, et près de 70 pêcheurs bretons ou normands. A Bénodet, par exemple, un patron-pêcheur rentrait tranquillement au port vers 16 heures, lorsqu'il aperçut une embarcation jaune, à l'arrière défoncé. Se dirigeant vers cette épave, il y trouva un homme sans vie, cramponné à l'un des bancs. Il s'avéra que celui-ci était membre de l'équipage du "Saint-Jean", perdu dans la nuit du 29 au 30 décembre.

Si beaucoup de familles avaient donc passé un bien triste réveillon, d'autres avaient tout de même profité de ce changement de siècle. Pourtant, le 1er janvier n'était pas encore férié en 1900. Seule la matinée pouvait être accordée par certains employeurs. Les petits chanceux n'auraient manqué sous aucun prétexte les fameuses réceptions du jour de l'an à Quimper, qui suscitaient une grande animation dans la ville. Il paraît même que "la tenue de gala du préfet et des conseillers de préfecture avaient fait l'objet d'une vive curiosité"…

Pas de bogue en 1900, mais de petits tracas pour les quimpérois… M. le Maire venait en effet d'instaurer une taxe sur les chevaux. Chaque propriétaire devait se rendre à la mairie avant le 1er janvier pour faire recenser "chevaux, juments, mulets, quels que soient leur âge et leur aptitude, réformés ou non." Les réfractaires s'exposaient à de "fortes amendes". Et quinze jours plus tard, c'était au tour des chiens de se faire taxer…

On aurait tendance à oublier que les principales évolutions enregistrées au cours des 100 dernières années ont pris naissance au XIXè siècle. Le "Finistère" l'avait d'ailleurs souligné : "Les conditions de la vie dans 50 ans subiront peut-être un changement plus grand que celui qu'elles ont éprouvé au cours du dernier siècle. Et pourtant quelle ne serait pas la stupeur d'un homme qui se serait endormi en 1830 et qui subitement reviendrait parmi nous, quand on lui dirait qu'en moins de 24 heures il peut aller de Quimper à Paris, qu'en 4 jours il peut se rendre de Paris à Saint-Pétersbourg, et en sept jours de Paris à New-York ?"

"Ceux qui vivront ce siècle admireront bien d'autres merveilles, car aujourd'hui l'impossibilité n'existe plus."

Nicolas Gonidec