Les opérations au large du Cotentin ont été perturbées toute la
journée par les très mauvaises conditions météorologiques régnant
sur la Manche. "La pollution reste mineure", a déclaré un porte-parole
de la préfecture maritime de Cherbourg, après la publication des
résultats et observations du jour. Il a toutefois ajouté qu'il fallait
rester prudent. La ministre de l'Environnement, Dominique Voynet,
a déclaré sur LCI qu'il serait "déraisonnable d'être absolument
rassurant alors qu'il existe encore un risque sérieux pour l'environnement".
Le
Premier ministre, Lionel Jospin, doit se rendre vendredi à Cherbourg,
après une visite aux écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan.
Le président RPR du conseil général de la Manche a, pour sa part,
annoncé que sa collectivité portait plainte pour "détérioration
de l'image" de son département. Le dossier a été confié à l'ex-ministre
de l'Environnement, Corinne Lepage, qui défend déjà les communes
du littoral atlantique souillées par la pollution causée il y a
moins d'un an par le naufrage de l'Erika.
Les
observations aériennes "n'ont mis en évidence que des traces de
produits chimiques et d'hydrocarbures légers en surface s'étendant
sur 40 mètres environ, et constitués en paquets d'environ deux m2",
explique un communiqué de la préfecture maritime de Cherbourg. Il
ajoute qu'une autre nappe, constituée de filaments en surface s'étendant
sur une longueur de 3,6 km, a été repérée à l'est-nord-est de l'épave.
"Il y a donc vraisemblablement eu polymérisation du styrène", un
produit hautement toxique dont le chimiquier transportait une cargaison
de 4.000 tonnes, dit le communiqué.
Le
préfet de la zone de défense Ouest, Claude Guéant, a estimé que
ces "produits blanchâtres" correspondaient à une "évolution du produit"
et à la "neutralisation d'une partie des émanations". "Certaines
nappes qui existaient ont disparu", a-t-il précisé. Il a attribué
cette disparition à une dispersion des émanations provoquée par
les vents puissants qui soufflent actuellement sur la zone. Les
résultats des prélèvements atmosphériques effectués mercredi et
jeudi sur la zone du naufrage de l'Ievoli Sun ont par ailleurs révélé
des teneurs très faibles en styrène. "De trois à cinq km de l'épave,
ces teneurs se situent entre 0,2 et 0,5 particule par million de
particules", a expliqué Claude Guéant. "Ces teneurs sont tout à
fait négligeables, extrêmement faibles et n'ont aucune conséquence
sanitaire", a-t-il poursuivi.
Jean-Claude
Gayssot et Dominique Voynet ont reçu dans la journée Christian Balmes,
le P-DG de Shell France, l'un des affréteurs du cargo italien. Dominique
Voynet a souligné que le président de Shell France entendait "assumer
ses responsabilités" et qu'il avait "lancé le signal de la mobilisation
générale pour examiner les possibilités d'un pompage rapide". Elle
a dit que Christian Balmes avait le souci d'intervenir avant les
grandes tempêtes d'hiver. "Je ne suis pas sûr que cela soit possible.
Il a pris note de notre inquiétude et nous répondra dans les jours
à venir", a expliqué Dominique Voynet.
Les
premières images obtenues par sonars sont très imprécises. Elles
montrent que l'Ievoli Sun est resté d'un seul tenant après son naufrage
au large de la Hague et se trouve couché sur le flanc gauche. Aucune
brèche importante n'a pu être décelée par ces investigations. Un
navire scientifique de l'Ifremer devrait également, si les conditions
météorologiques le permettent, procéder à des prélèvements de crustacés
et de poissons afin d'évaluer l'impact des rejets en mer de l'Ievoli
Sun sur la faune.